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Sous cet acronyme en apparence poétique, se cachent en réalité deux maladies du système digestif assez invalidantes.

En effet, les MICI pour « Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin » concernent deux maladies chroniques : la maladie de Crohn et la Rectocolite hémorragique (RCH). Quels en sont les symptômes et les traitements ? Faisons le point ensemble.

MICI : qu'est-ce que c'est ?

Les MICI sont des maladies qui se caractérisent par l’inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, liée à une hyperactivité du système immunitaire digestif. Il en existe deux principales :

  • La maladie de Crohn : elle peut concerner simultanément ou successivement un ou plusieurs segments du tube digestif : le gros intestin ou côlon (il s'agit alors d'une colite), la partie terminale de l'intestin grêle ou iléon (iléite) ou les 2 segments (iléo-colite).
  • La rectocolite hémorragique : elle se caractérise par des lésions continues le plus souvent superficielles qui débutent dans le rectum et peuvent s'étendre sur l'ensemble du colon sans jamais atteindre, au contraire de Crohn, d'autres segments du tube digestif.

Causes des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin

Les causes des MICI demeurent aujourd'hui encore assez mystérieuses même si plusieurs hypothèses sont formulées pour expliquer leur apparition. Parmi ces hypothèses on trouve :

  • des facteurs de prédisposition génétique ;
  • des facteurs de risque environnementaux : tabac, alimentation, stress ;
  • des médicaments immunosuppresseurs :
    • les anti-TNF alpha et notamment l'étanercept pourraient multiplier par deux les risques de développer une MICI),
    • les inhibiteurs de l’IL-17 : secukinumab, ixekizumab et brodalumab (utilisés dans le traitement du psoriasis, de la spondylarthrite et du rhumatisme psoriasique), notamment dans les six premiers mois suivant leur mise en place ;
  • des facteurs sanitaires : l’amélioration du niveau de vie dans les pays industrialisés, pourrait, en réduisant l’exposition aux agents infectieux dans l’enfance induire une fragilité immunitaire chez l’adulte et favoriser la survenue de maladies allergiques, auto-immunes telles la maladie de Crohn.

Au niveau épidémiologique, les MICI sont en effet plus fréquentes dans les pays dits « du Nord » que dans l'hémisphère sud.

Le processus en cause dans l'apparition des MICI induirait une augmentation de la perméabilité intestinale (« leaky-gut syndrome »), autorisant le passage de molécules étrangères à l’intérieur de la paroi, responsable d’une activation non contrôlée de la réponse inflammatoire et immunitaire. À l'origine de cette perméabilité il y aurait :

  • une agression de facteurs environnementaux, dont font partie certaines habitudes alimentaires (le poivre entre autres et son principe actif, la pipérine, pousse les jonctions serrées de l'intestin à ­s’ouvrir, aggravant la perméabilité intestinale) ;
  • la dysbiose intestinale qui en découle ;
  • l’inflammation chronique favorisée par la susceptibilité génétique de l’individu.

Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin : quels symptômes ?

Symptômes initiaux

Les premiers symptômes des MICI se manifestent en général par :

  • des douleurs de ventre souvent importantes ;
  • une envie d’aller aux toilettes 5 à 15 fois par jour sans pouvoir se retenir ;
  • des diarrhées sanguinolentes (rectorragies) ;
  • une fatigue extrême ;
  • un manque d’appétit, une perte de poids ;
  • des lésions à l’anus : elles peuvent s’accompagner d’une gêne au passage des selles, souvent liées à la présence de fissures, ou de douleurs continues, pouvant correspondre dans certains cas à la constitution d’un abcès.

Autant dans la maladie de Crohn que dans la RCH, les symptômes apparaissent le plus souvent par « poussées » qui correspondent à des crises chroniques. En dehors de ces poussées, la maladie est quasiment imperceptible.

Complications possibles

Selon une étude, les porteurs de maladie inflammatoire chronique de l’intestin auraient davantage de cancers de la prostate que la population générale, quelles que soient leur tranche d’âge et leur ethnie. Ainsi, il pourrait être intéressant de suivre de plus près ces personnes à risque afin d'anticiper la survenue d'un cancer prostatique.

Par ailleurs, les patients touchés par la rectocolite hémorragique et par la maladie de Crohn présenteraient 28 % de risques supplémentaires de développer la maladie de Parkinson. Il a aussi été observé que 78 % des patients atteints de Parkinson ayant reçu un anti-inflammatoire intestinal ont connu une amélioration de leur cas.

Enfin, des études ont suggéré que la grossesse des femmes avec une MICI majorait le risque de césariennes, de prématurité et de petit poids de naissance. Le nombre de complications était un peu plus important au cours des grossesses associées à une maladie de Crohn et de maladie active (initiation de biothérapie, corticoïdes, hospitalisation…).

MICI : diagnostic et traitement

Le diagnostic

Le diagnostic des MICI repose sur plusieurs critères :

  • un interrogatoire clinique ;
  • des données biologiques (prise de sang) ;
  • des examens d’imagerie médicale : échographie, endoscopie digestive (coloscopie, fibroscopie, etc.).

Des spécialistes français ont également construit un consensus selon la méthode Delphi. Ils ont ainsi déterminé les symptômes, les signes cliniques et les paramètres biologiques constituant des critères pouvant justifier l’hospitalisation ou la réalisation d’une imagerie d'un patient diagnostiqué pour maladie inflammatoire des intestins.

Checklist de critères justifiant l’hospitalisation :

  • Signes ou symptômes abdominaux évoquant des complications de MICI
  • Obstruction intestinale
  • Fièvre
  • Résection chirurgicale intestinale au cours des 30 derniers jours
  • Vomissements
  • Signes de déshydratation confirmée en laboratoire
  • Abcès ano-périnéal
  • Administration de morphine par voie intraveineuse (indicateur indirect de douleur intense)
  • Instabilité hémodynamique
  • Hémoglobine < 9 g/dL ou diminution ≥ 2 g/dL
  • Insuffisance rénale aiguë.

Checklist de critères justifiant l’imagerie scanner :

  • Signes ou symptômes abdominaux évoquant des complications de MICI
  • Occlusion intestinale
  • Résection chirurgicale intestinale au cours des 30 derniers jours
  • CRP (Protéine-C réactive) très élevée (e.g. >80 mg/L).

Contrôle de la maladie

Aujourd'hui, il n’existe pas de traitement curatif des MICI réellement performant. Outre un traitement médicamenteux de fond (anti-inflammatoires), une hygiène de vie adéquate permet dans la grande majorité des cas un contrôle durable de la maladie, pendant plusieurs années.

En outre, un accompagnement diététique et nutritionnel dès le diagnostic de la maladie et tout au long de celle-ci, et notamment lors des modifications de l’alimentation en cas de poussée inflammatoire et du retour à une alimentation plus diversifiée, est tout à fait essentiel.

Les inhibiteurs de JAK (Janus kinases)

Le Xeljanz® (tofacitinib), un médicament indiqué dans la polyarthrite rhumatoïde et le rhumatisme psoriasique, vient d’obtenir une autorisation européenne dans le traitement de la rectocolite hémorragique (RCH) active modérée à sévère. Son action consiste à moduler les réponses immunitaire et inflammatoire en inhibitant les JAK (les Janus kinases) qui jouent un rôle important dans certaines inflammations.

Mais ce traitement n'est pas anodin. En effet, l’Agence européenne des médicaments (European Medicines Agency, EMA) déconseille l’utilisation de Xeljanz® (tofacitinib) chez les patients atteints d’une rectocolite hémorragique et à risque de thrombose en raison des risques d’embolie pulmonaire, de thrombose veineuse profonde et, chez les plus de 65 ans, d'infections sévères et mortelles qu'il fait courir (en particulier avec la dose de 10 mg deux fois par jour et chez ceux traités pendant une période prolongée).

D'autres biothérapies sont indiquées dans le traitement de la maladie de Crohn active modérée à sévère chez les patients adultes présentant une réponse insuffisante, une perte de réponse ou une intolérance à un traitement conventionnel ou par anti-TNFa, ou qui présentent une contre-indication médicale à ces traitements :

  • Stelara® (ustekinumab) ;
  • védolizumab (300 mg administrés par perfusion intraveineuse suivie de perfusions supplémentaires à deux et six semaines, puis tous les deux mois).

Par ailleurs, le médicament biosimilaire Amsparity® (adalimumab) a reçu une approbation du Comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments (EMA).

Les bonnes pratiques

Certaines bonnes pratiques peuvent ainsi prévenir l’apparition des poussées et prolonger les phases de rémission en favorisant la cicatrisation des lésions du tube digestif :

  • opter pour le curcuma et la boswella (propriétés anti-inflammatoires), ainsi que le safran (efficace contre les douleurs, notamment) ;
  • diminuer la consommation de légumes à fibres dures, salades, crudités, légumes verts, céréales complètes afin de mettre l'intestin au repos lors des poussées ;
  • supprimer les produits laitiers pendant quelques jours (s’ils favorisent les symptômes) ;
  • rééquilibrer la flore intestinale en ayant recours aux huiles essentielles d'orange douce, de lavande fine, d'origan ou de géranium bourbon en mélangeant quelques gouttes à de l'huile végétale d'amande douce et en appliquant en massage dans le sens des aiguilles d'une montre une à deux fois par jour (10 jours par mois).

Les MICI n'étant pas des maladies de l'alimentation, il est recommandé de ne pas restreindre ses apports quotidiens et de maintenir une alimentation variée sous peine de subir des carences en vitamines et nutriments.

Les compléments alimentaires (notamment vitamine B9, B12, D, fer et zinc) ne devraient en théorie n'être envisagés qu’après une confirmation de la carence par un bilan sanguin.

En revanche il est possible d'avoir recours à des séances d'acupuncture qui ont fait leur preuve pour réduire fortement la fatigue et améliorer la qualité de vie des patients.

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