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La maladie de Chagas est une infection parasitaire particulièrement fréquente en Amérique latine, transmise par une punaise. Il s'agit d'une pathologie chronique à l'origine de lésions irréversibles de nombreux organes.

Focus sur une maladie peu connue mais qui reste un enjeu de santé publique.

Maladie de Chagas : définition

La maladie de Chagas ou « trypanosomiase humaine américaine » reste un problème de santé publique majeur pour 18 pays d'Amérique latine dont la Bolivie, le Brésil, l'Argentine, le Mexique, la Colombie ou encore la Guyane française.

Le risque majeur concerne aujourd’hui le bassin amazonien, qui était jusque-là épargné.

En 2012, 8 millions de personnes contaminées étaient déclarées. La maladie de Chagas est responsable de 10 000 décès par an avec des conséquences économiques marquées. Elle fait partie des maladies négligées, il n'existe aucun vaccin ni traitement efficace pour les formes chroniques.

Le parasite impliqué est Trypanosoma cruzi. Les vecteurs sont des punaises hématophages, les triatomes, qui sont infectées en absorbant le sang des animaux réservoirs (plus de 180 espèces domestiques et sauvages). Ces derniers se contaminent par léchage, ou par ingestion d'insectes ou de rongeurs contaminés. Les parasites se multiplient dans l'intestin du triatome, puis sont évacués dans ses déjections. Les triatomes vivent et se reproduisent en milieu sauvage mais aussi en milieu domestique dans les habitations.

Mode de transmission de la maladie de Chagas

La transmission à l'Homme peut avoir lieu sous plusieurs modes :

  • contact avec des déjections de triatome :
    • contact direct avec la peau : le triatome pique une zone de peau exposée comme le visage, et défèquent à proximité de la piqûre, ainsi, les parasites pénètrent dans l’organisme lorsque la personne se frotte ou se gratte instinctivement,
    • sous forme d'aérosols au contact de la muqueuse nasale dans les espaces clos et mal aérés de certains milieux ruraux ;
  • ingestion de nourriture souillée par les déjections de triatome (ou par les urines d'animaux réservoirs), ingestion de viande crue contaminée ;
  • contact avec un animal infecté ;
  • transmission transplacentaire, transfusion sanguine, échange de seringues chez des toxicomanes ;
  • dons d'organes (rein, cœur, moelle osseuse) ;
  • accidents de laboratoire.

Symptômes de la maladie de Chagas

On distingue la phase aiguë, la phase latente et la phase chronique.

Phase aiguë

La phrase aiguë correspond à la pénétration du parasite à travers la peau. La plupart du temps, elle passe inaperçue. Dans le cas contraire, elle se manifeste par :

  • un chagome, rougeur cutanée chaude et œdématiée prenant parfois l'aspect d'un furoncle (chez les enfants, on le retrouve souvent au niveau du cuir chevelu) ;
  • un œdème des paupières après une incubation d'une dizaine de jours (signe de Romaña) ;
  • parfois l'apparition de fièvre, de céphalées, augmentation du volume du foie et de la rate (hépatosplénomégalie), œdèmes, éruption cutanée diffuse, douleurs musculaires abdominales et thoraciques, troubles respiratoires ;
  • méningo-encéphalite ou myocardite (inflammation du muscle cardiaque) chez les jeunes enfants.

Phase latente

Deux mois après l'infection débute une phase de latence, de durée indéterminée (de quelques mois à plusieurs dizaines d'années, voire toute la vie). Le parasite s'est multiplié et a atteint les organes, mais aucun symptôme ne s'est manifesté.

Phase tardive

Une phase chronique peut se manifester tardivement. Elle se traduire alors par :

  • une myocardite à l'origine d'une insuffisance cardiaque, d'un anévrisme intracardiaque, de troubles du rythme cardiaque ;
  • le syndrome « méga » : qui atteint les organes creux tels que l'œsophage, l'estomac, l'intestin, le côlon, le rectum, la vessie, les uretères, la vésicule biliaire, et entraîne leur perte de fonction par dilatation et atteinte des plexus nerveux. Il peut entraîner de graves troubles alimentaires et une constipation sévère ;
  • atteintes neurologiques : méningo-encéphalites consécutives à une réactivation de l'infection chez les malades chroniques qui présentent une baisse de leurs défenses immunitaires, ou encore accidents vasculaires cérébraux secondaires chez les malades atteints de troubles cardiaques.

Maladie de Chagas : comment fait-on le diagnostic ?

En phase aiguë, le diagnostic est fait par mise en évidence du parasite dans le sang par examen direct.

Après la phase aiguë, le parasite devient indétectable à l'examen direct. On pratique alors le plus souvent une sérologie, qui consiste à mettre en évidence des anticorps sanguins dirigés contre le parasite.

Maladie de Chagas : quel traitement ?

Deux traitements médicamenteux sont utilisés : le benznidazole et le nifurtimox. Ils sont efficaces à près de 100 % au début de la phase aiguë, peu de temps après l'infection. Mais par la suite, leur efficacité diminue avec l’ancienneté de l’infection. Ils sont cependant également indiqués au cours de la phase chronique précoce pour les personnes chez qui l’infection a été réactivée (suite à une immunodépression par exemple).

  • Ces deux médicaments sont contre-indiqués :
    • chez la femme enceinte.
    • chez les personnes qui souffrent d’insuffisance rénale ou hépatique,
    • chez les personnes qui ont des antécédents de troubles neurologiques ou psychiatriques.
  • Efficaces surtout en phase aiguë, ils peuvent être à l'origine de graves effets secondaires chez près de 40 % des patients. Aussi la décision de traitement d'un malade chagasique chronique se fait-elle au cas par cas en fonction des bénéfices et des risques.
  • Il n'existe pas de marqueur de guérison.

La prise en charge comprend le traitement des complications, notamment cardiaques et digestives.

Prévention de la maladie de Chagas

En l'absence de vaccin, la prévention reste indispensable :

 

  • élimination ou contrôle des vecteurs ;
  • amélioration du niveau de vie et de l'habitat des habitants des milieux ruraux des zones endémiques ;
  • éducation sanitaire notamment en ce qui concerne la préparation des aliments, leur transport, leur stockage et leur consommation ;
  • mesures telles que la mise en place de moustiquaires ou la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent dans les maisons et leurs environs ;
  • contrôle des transfusions sanguines et des dons ;
  • traitement des personnes infectées ;
  • dépistage des femmes enceintes à risque pour prévenir la transmission congénitale.

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